• A terre, recroquevillé en position fœtale. Les pieds battent le vide, les mains s’attaquent au corps. Elles griffent la nuque, s’accrochent aux omoplates, attrapent les cuisses, frappent la poitrine et broient le ventre. Le visage se déforme dans un hurlement insonore. Les yeux sont rougis par les larmes. Elles coulent sur la joue, se mélangent à la salive. Ce corps qui parait soudain trop grand, trop inutile, s’agite en silence. Personne ne voit, personne n’entend. Seul, qui étouffe.

    Les pensées se bousculent, les questions s’enchaînent. Tous les muscles se contractent. Le passé lancinant projette son ombre sur un présent qui ne semble être plus qu’une longue répétition de crises.

    Puis, la fatigue anesthésie. La tête balaie la douleur dans une pièce dont elle ferme la porte. Il suffira d’un mot, d’un regard pour la rouvrir. Mais, pour l’instant, le corps se relâche. La raison s’est pliée au désespoir.

    Comment vaincre ? Parler ? C’est se heurter à un mur qui est un peu plus insurmontable chaque jour. C’est regretter quelques semaines plus tard lorsque les mots rejailliront hors contexte, déformés, assassins. Nier ? C’est accepter avec lâcheté que la situation continue à se détériorer. C’est prendre infiniment plaisir aux bonheurs furtifs et être surpris par le prochain coup de poignard. Pourtant, oublié ou combattu, le problème reste là : immobile comme un roc et aussi insaisissable que l’air.

    Et quoi de plus insaisissable que l’âme ? Le mécanicien changera le joint de culasse, le médecin soignera la maladie… Mais quel remède au malheureux ? A celui qui cherche ardemment la vérité comme le mathématicien rêve de l’infini et l’homme pieux de Dieu ? Combien de temps, de sacrifices et de larmes ? Encore des questions, toujours des questions, …

    Plutôt que se crever les yeux, se couper la langue ou s’interdire d’aimer, le visage revêt son masque de clown. Grâce à cette pudeur ou cette fierté qui interdit de crier, la solitude s’installe. Ecrase.

    Car l’impuissance est un dilemme dont aucune solution n’apportera satisfaction.


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